Archives mensuelles : avril 2016

Discours de Shannon Chief à la manifestation de solidarité avec la communauté Anishnabe du Lac Simon

Je le dis sans méchanceté : j’espère que les médias présents aujourd’hui écriront et diffuseront la vérité exprimée par les gens, aujourd’hui et tous les jours. Vous faites partie de la classe opprimante, et vous avez le pouvoir d’influencer l’opinion publique.

S’il vous plaît, soyez du côté du peuple.

Sandy Michel Dumont n’était qu’un jeune. Selon nos connaissances traditionnelles et nos manières de nous définir, il était dans une période où il avait besoin d’être guidé.

Nous devons nous demander pourquoi cela lui est arrivé, et pourquoi c’est aussi arrivé à son frère.

Nous perdons trop de jeunes au suicide, à la mort violente, à la brutalité policière. Et pourquoi est-ce cela arrive aussi aux femmes de notre nation? Pourquoi se font-elles violer ainsi? Est-ce que cela fait partie de vos privilèges? De votre mode de vie?

Je ne peux pas faire autrement que de me demander comment la police non anishnabe perçoit notre peuple, pour qu’elle nous traite ainsi, comme si nous n’étions par leurs égaux. En quoi est-ce que la vie de nos jeunes et de nos aînés est moins importante que la leur? Leurs agissements, lorsqu’ils sont en service et même lorsqu’ils ne le sont pas, ne démontrent pas qu’ils respectent nos vies.

Les actions en disent plus long que les mots. Comme dans le cas de notre jeune qui a été brutalement assassiné d’une balle à la tête et de plusieurs projectiles. De telles actions envoient un message clair qui se répercute à travers le territoire et la nation anishnabe. Ce n’est pas un simple incident qui arrive n’importe où et qu’on peut balayer sous le tapis ou minimiser. C’est un acte de terrorisme en soi, perpétré par un système qui est censé nous servir et nous protéger.

C’est très grave et ça va trop loin. Cela doit arrêter immédiatement. La vengeance n’est pas une façon de régler quoi que ce soit.

Mais par où commencer pour cesser ce genre de brutalité et les multiples formes d’injustices que nous vivons dans les réserves où on nous force d’habiter? Comment mettre fin au racisme dont nous sommes la cible lorsque nous sortons des réserves?

Il faut permettre aux premiers peuples de ce territoire — qui cohabitent aujourd’hui avec des occupants — de communiquer et de partager leurs enseignements.

Les jeunes Anishnabe, par exemple, ont besoin d’apprendre nos valeurs traditionnelles qui ne sont pas enseignées dans le système scolaire. Nos jeunes ont besoin de temps non calculé pour apprendre de nos aînés et des personnes qui sont considérées dans nos communautés comme de bons enseignants et guérisseurs. Malheureusement, il n’existe pas de soutien favorisant ce type d’autonomie.

Il faut que les cérémonies se fassent de manière sécuritaire. Elles doivent être respectées, et ne pas être tenues par des personnes non anishnabe qui en abusent.

Pourquoi est-ce que nos jeunes n’apprennent pas nos valeurs? Il existe plusieurs formes d’oppression qui empêchent notre cycle de vie traditionnel de se perpétuer comme avant… depuis les guerres de conquête des premiers colons européens qui cherchaient à avoir le pouvoir sur le territoire.

Les pensionnats ont profondément terrorisé notre peuple. La DPJ (Direction de la protection de la jeunesse) exerce son emprise sur nous et contrôle encore nos vies. Enlever les enfants, c’est contrôler les parents. La police est utilisée contre les parents qui ne coopèrent pas ou se fâchent lorsque leurs enfants sont retirés. Cela remonte aux écoles résidentielles. C’est la même maudite chose. Lorsque les parents se sentent impuissants, parce qu’ils n’ont pas pu protéger leurs enfants et empêcher qu’ils se fassent enlever, l’alcool et les drogues deviennent un moyen de faire face à leur amertume dans ce système qui dicte nos vies.

La DPJ exige des parents le versement d’une contribution après que l’enfant ait été placé. Si vous ne payez pas, vous êtes poursuivi en justice. Ils veulent nos enfants et plus d’argent afin d’assujettir notre peuple.

Tandis que beaucoup d’entre nous vivent dans la misère, nous nous disputons les emplois. Lorsqu’un membre de votre famille obtient un poste auprès du conseil de bande, la subsistance de votre famille est assurée.

Un autre problème auquel nous sommes confrontés est la Loi sur les Indiens qui génère des identités doubles. Ceux qui ne connaissent pas la langue ou les traditions ne se soucient guère de les restaurer. Je ne haïs pas les personnes qui font cela à notre peuple. C’est le système lui-même qui nous opprime. Il nous divise tous.

Le mode de vie créé par le gouvernement absorbe nos existences, et ne nous laisse ni la liberté ni le temps de fournir une bonne éducation à nos enfants et nos jeunes pour leur inculquer notre culture.

Alors qu’avant la colonisation, nous étions libres et personne ne nous disait comment vivre ou comment élever nos enfants, nous sommes aujourd’hui réduits à l’esclavage du travail et au sentiment d’insécurité.

Nous avions notre propre système de gouvernance; il ne nous opprimait pas et ne ravageait pas le territoire. La police est également déployée lorsque nous tentons de protéger le territoire. Nos aînés ont vécu cette violence policière il y a seulement quelques années. Lorsqu’ils se font prendre, ils sont envoyés dans une autre localité. Il ne semble pas y avoir de discipline ou de façon de réparer le tort qui a été causé, contrairement à notre système judiciaire anishnabe. Dans notre structure sociale, basée sur un système clanique, chaque personne a sa place et son rôle à jouer. Nous avons une structure, une constitution et un autre type d’économie.

Nos connaissances et notre mode de vie étaient transmis de manière orale, parce que l’écriture ne faisait pas partie de notre culture à l’époque.

Il ne devrait plus y avoir de police non anishnabe dans nos communautés et sur notre territoire pour régler des problèmes que vous ne comprenez pas et qui sont créés par votre gouvernement et votre religion. Je mentionne la religion à cause du mal qui a été fait à nos parents dans les institutions religieuses.

Les vies de Sandy Michel et de son frère, ainsi que bien d’autres vies, auraient pu être épargnées s’il y avait eu plus de compréhension et moins d’avilissement. Les tactiques policières qui sont appliquées partout aujourd’hui consistent à terroriser les personnes de couleur, les jeunes, les pauvres, les innocents, et ceux qui dénoncent ce qui ne va pas dans notre monde et tentent de protéger leur territoire, leurs enfants, leurs petits-enfants et les générations futures.

La violence policière et le racisme sont des façons d’obtenir du pouvoir sur les peuples et leurs territoires.

La nation anishnabe mérite un meilleur système de sécurité basé sur ses propres valeurs traditionnelles, et non sur des lois étrangères. Nous ne sommes pas stupides ni primitifs comme vous le pensez. Nous en avons assez enduré depuis des siècles. Nos jeunes, aujourd’hui, tentent d’exprimer quelque chose par leurs actions, d’une manière ou d’une autre… ce sont des appels à l’aide, et nous seuls, Anishnabe, pouvons les aider.

Les vies des Anishnabe sont sacrées… tout comme l’eau, les animaux et la terre mère auxquels le Créateur a donné vie. Tout cela est sacré.

Une personne qui n’a pas de respect pour les autres ne devrait PAS être mise en charge ou avoir du pouvoir. Il est temps que le peuple anishnabe reprenne le pouvoir sur son territoire, car vous n’êtes pas capable de prendre soin de quoi que ce soit de toute manière.

Manifestation de solidarité avec la communauté Anishnabe du Lac Simon

COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Pour diffusion immédiate

TIOHTIAKE (dite MONTRÉAL), 7 AVRIL 2016 – En solidarité avec la famille de Sandy Michel et de toute la communauté de Lac-Simon, un rassemblement est organisé le lundi 11 avril à 19h, au métro Saint-Laurent pour proclamer que, comme celles des Noirs, « Indigenous Lives Matter! »

Un de plus…

À peine avions-nous eu le temps d’encaisser la nouvelle du meurtre de Jean-Pierre Bony, mortellement happé par un projectile de plastique du SPVM à Montréal-Nord, que la police frappait encore.

Dans la nuit du 6 avril, Sandy Michel, 25 ans, a rendu l’âme, brutalement assassiné par la police de la réserve anishnabeg de Lac-Simon, près de Val-d’Or. Son seul crime était d’avoir brandi un objet qui « ressemblait » à une arme blanche. La police l’a écrasé avec une auto-patrouille avant de le cribler de balles. Pour son père Johnny, c’est une perte immense, lui dont le fils aîné avait aussi été tué par la police en 2009… À cette échelle, nous sommes en droit de considérer que le meurtre de jeunes autochtones dans le nord du Québec, à l’image de celles des jeunes noirs dans le nord de Montréal, est un exemple d’intolérance raciste, où les vies non-blanches sont bonnes à être abattues sans autre forme de procès.

Dans la foulée de cette tragédie, la population de Lac-Simon, exaspérée par des années de harcèlement policier, s’est immédiatement rassemblée pour leur demander de quitter le territoire. Cela a amené l’intervention de la SQ sur les lieux, qui a formellement interdit aux journalistes de se rendre sur place pendant la durée de l’enquête.

Ce black-out médiatique n’est pas innocent. Après les révélations récentes sur les atrocités sexuelles commises par une quantité considérable de ses constables dans la région de Val-d’Or, la SQ est prête à tout pour cacher le caractère systématique des violences policières envers les autochtones. Rappelons que la « police tribale » venait tout juste de revenir sur le territoire de Lac-Simon, qu’elle avait dû déserter suite à la mort de l’un des siens, abattu par Anthony Raymond Papatie, 22 ans, avant qu’il ne s’enlève la vie. Comme il faut croire que la police n’a pas compris ce signal de détresse, il faut comprendre le meurtre de Sandy Michel comme une vengeance brutale de sa part. Ce que la police mène sur les réserves, c’est bel et bien le prolongement de la vieille guerre génocidaire.

Événement Facebook : https://www.facebook.com/events/779765878822640/

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Source : Solidarité NABRO

Solidaritenabro.org / solidaritenabro@gmail.com

Pour les entrevues, veuillez vous présenter à la date et à l’heure du rendez-vous.